Drôle de constat : alors que les mélomanes s'insurgent contre la montée des artistes artificiels — comme le récent remix IA viral de Stromae —, l'industrie, elle, leur ouvre les bras. Le récent accord entre la plateforme Udio et le réseau Merlin (qui représente des labels comme Secret City Records) permet désormais aux catalogues indépendants de nourrir l'intelligence artificielle.
C'est l'début de la «slopification» culturelle: un déversement de contenus synthétiques bas de gamme et sans vécu. T'sais, pourquoi attendre le prochain album de Daniel Bélanger quand un moteur peut générer une version sans âme en trois clics? Pire : ces modèles peuvent s'entraînent sur le talent d'artistes en chair et en os pis en feelings pour ensuite mieux les concurrencer sur Spotify.
D'où l'importance de faire confiance aux oreilles de « weirdos » passionné[e]s (vos ami[e]s, bien sûr, mais aussi ceux de CISM, CHOQ, CFAK, WFMU, d'Ici Musique, de Bagel Radio ou des disquaires de quartier comme Le Vacarme, par exemple).
Cette semaine, je vous propose 4 morceaux impossibles à dicter à une machine... et un intrus qui nous prouve que le futur est déjà là .

NOUVEAUTÉS DE LA SEMAINE
Photo : Arielle Soucy
Pattern d'Arielle Soucy
C'est un secret de polichinelle dans mon entourage : la moindre mention d'Arielle Soucy me fait dresser l'oreille comme un chien qui entendrait le frottement de la laisse sur le plancher, signal d'une aventure à l'extérieur.
Et c'est justement vers là que l'autrice-compositrice-interprète folk nous amène avec un ce nouveau morceau annonciateur d'un nouvel album, dans les bacs et plateformes dès le 27 mars. C'est folk, certes, mais aussi aux limites du cantique, du sacré, du mystérieux. Sur fond d'orgue — D'ORGUE! —, Soucy rumine.
«Donnez-moi une autre tête, donnez-moi un autre corps, je suis fatiguée d’essayer de fonctionner. Donnez-moi une autre tête, donnez-moi un autre corps, je suis fatiguée d’essayer d’avancer.»
Pis j'ai pleuré comme quand je regarde Queer Eye.
You and me, girl. You and me.
Si vous aimez KlĂ´ Pelgag et Adrianne Lenker, vous allez adorer cette nouvelle proposition.
Put It Off de Billy Cobb
- Moi: J'aime quand les artistes prennent des risques, se dépassent, font fi des tendances du moment ou des béquilles du passé pour aller de l'avant, surprendre, inspirer...
- Aussi moi: Pourquoi, calisse, Weezer ne fait plus du Weezer d'antan, circa 1994-1996?
Billy Cobb, auteur-compositeur-interprète rock de Pennsylvanie et fin imitateur de Rivers Cuomo (sérieux, c'est la même, même voix), m'a entendu et a relancé son projet Zerwee — son pastiche de Weezer — à la demande populaire, bien qu'il s'était promis de ne pas y revenir. Le principal intéressé avance sur son Bandcamp qu'il a cédé à la tentation, car on a toutes et tous besoin d'une 'tite dose d'énergie cette année (euphémisme s'il en est un).
Si vous aimez le Weezer d'antan pour le son et non pas pour la nostalgie de la douce époque où ça ne prendrait pas une semaine pour se remettre de la moindre courbature, Billy est là pour nous.
L'extrait que je vous propose — Put If Off — plaira particulièrement aux fans de My Name Is Jonas et Surf Wax America.
Je termine avec une image que j'aime beaucoup : ça ne révolutionne pas la roue, mais ça la fait «spinner» très vite. C'est déjà ça.
(Tragédie) de Blesse
Hop! Le combo rock montréalais propose un nouveau morceau qui devrait plaire aux nostalgiques de rock, voire d'emo, de la fin des années 90-début 2000.
Perso, j'ai eu des flashs de Something To Write Home About des Get Up Kids et de Clarity de Jimmy Eat World en l'écoutant.
On en rajoute, ça devrait également plaire aux fans de Corridor, voire de la sensation post-punk britannique Shame.
Apparté : Shame était justement en concert mercredi dernier à Montréal.
J'y étais en bonne compagnie (allô, Alexis; allô, Guillaume) et, bien que ça ne soit finalement pas trop mon bag — mes excuses à , genre, l'essentiel des personnes que je suis sur Instagram à en croire les stories aperçues le lendemain —, je dois concéder que le chanteur Charlie Steen est dangereusement charismatique.
Ils iront loin, c'est clair.
Another Time de Cat Clyde
L'autre fois, je faisais du ménage dans Googles Photos pis je suis tombé sur des photos de mon ancien appart et, plutôt que d'effacer sur le champ, j'ai parcouru le lot empli d'une certaine mélancolie. J'avais l'impression d'un fantôme glissant d'une pièce à l'autre dans un espace qui était totalement moi et qui ne me ressemble plus depuis. C'était un espace de grandes joies, mais aussi de petites peines en catimini. Whatta ride, bref.
Ce moment à se gratter la gale (une autre belle image!) m'amène à vous parler à nouveau de l'autrice-compositrice-interprète canadienne folk Cat Clyde qui vient de sortir une nouvelle ballade country délicieusement mélancolique et bluesy, extrait de son album à venir Mud Blood Bone le 13 mars.
À la recherche d'étiquettes? Ça se mixerait bien sur une liste d'écoute avec Feist, Angel Olsen et Myriam Gendron.
Elle sera en concert à Montréal le 22 mai. J'espère y être, les yeux bouffis, bien évidemment.
Parfaite de Claudine
Mautadine! J'avais mon suit d'homme-grenouille, ma bonbonne et mes palmes. J'étais prêt pour une plongée dans les nouveautés locales du gouffre qu'est Bandcamp pis, POW!, premier résultat de recherche : l'album RAGE du projet pop montréalais... et je tenais déjà ma dernière pièce de la semaine pour l'infolettre.
C’est pop, disco, quelque part entre Clara Luciani, Juliette Armanet et Cœur de Pirate.
Je croyais avoir déniché le secret le mieux gardé du Québec... jusqu'à ce que je réalise que le projet a été créé en partie avec Suno, un moteur de création IA.
La boucle est bouclée. On est en plein d'dans. À vous de juger si l'émotion passe quand même...
Fuckin' hell. Quelle époque, hein!
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